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Pourquoi aimons-nous nous faire peur ?

Crédits : PixHere

Voici venue la période d’épouvante tant attendue : Halloween. Costumes sinistres, blagues pétrifiantes et films d’horreur… Il est une évidence : on adore se faire peur ! Système d’alarme face aux dangers de notre environnement, la sensation de peur nous protège mais la provoquer volontairement est une pratique qui peut sembler masochiste. D’où nous vient ce goût pour le frisson ?

La peur, remède contre l’angoisse

La peur, lorsqu’elle est maîtrisée, peut avoir des effets agréables et divertissants. En effet, selon les chercheurs, loin de provoquer un sentiment pleinement négatif, la sensation de peur est parfois recherchée. David H. Zald, professeur de psychiatrie à l’Université américaine Vanderbilt, interrogé par le Huffington Post, explique que l’effroi permet même de lutter contre l’anxiété en nous détournant de nos tracas, l’espace d’un instant. « Lorsque nous sommes effrayés nous sommes pleinement conscients, concentrés et dans l’instant. Nous ne sommes pas préoccupés à penser à ce qui s’est passé hier ou ce que nous avons à faire demain ». Aussi, un film d’horreur, tiré d’événements non réels, en déclenchant de fortes émotions, permettrait de se détacher de notre réalité.

La peur, vecteur de bien-être et de confiance en soi

Lorsqu’un individu est confronté à une situation effrayante (tout en se sentant en sécurité) cela provoque une « cascade de réactions chimiques » dans son organisme, diffusant des « hormones du bien-être » telles que l’endorphine, la dopamine, la sérotonine et l’adrénaline. La sensation obtenue est parfois tellement agréable que certains cherchent à en obtenir de plus en plus fortes, frôlant l’addiction à l’épouvante.

Par ailleurs, la peur serait, selon la sociologue à l’Université de Pittsburgh, Margee Kerr, « un véritable coup de pouce pour l’estime de soi », provoquant un sentiment de satisfaction chez un individu affrontant une situation effrayante. Elle peut également favoriser la cohésion sociale en rapprochant des personnes affrontant la même expérience. Cela rejoint l’hypothèse de Stéphane Bourgoin, profiler, qui voit en la peur un rite de passage vers l’âge adulte. Affronter un film d’horreur serait comme se prouver que l’on est suffisamment grand.

Crédits : Pixabay

La fiction d’épouvante, le fantasme par procuration

Le psychanalyste Jean-Luc Houbon ajoute que le fait d’observer des scènes amorales a un impact psychologique, on découvrirait des choses sur nous-mêmes, cela révélerait nos fragilités mais aussi certaines de nos pulsions refoulées. Un film d’horreur nous permettrait de « vivre ces pseudo-fantasmes par procuration ». Une interprétation quelque peu inquiétante, mais, rassurez-vous, selon ce spécialiste, « cela ne fait pas de nous des monstres, tant qu’on ne les réalise pas… ».

Vous qui vous amusez dans l’effroi, vous serez sûrement d’accord avec l’écrivain français Louis Calaferte :
« La peur est agréable au corps. Je sais de quoi je parle. La bouche qui se sèche, la gorge qui devient rêche, le cœur qui tape à tout casser, cette merveilleuse lucidité de l’esprit qui s’empare de vous au moment voulu… La peur n’est pas un ignoble sentiment. C’est une exquise sensation. »

Sources : Lefigaro ; Psychologies ; Planet ; Maxisciences