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Les chercheurs attribuaient ces lésions à l’arsenic depuis 1990 : l’ADN des deux momies a dit tout autre chose

Peinture à l'huile représentant la capture d'Atahualpa, dont le prédécesseur aurait probablement succombé à la variole introduite par les Espagnols.
Credit : © Juan Lepiani via Wikimedia Commons (Domaine public)

Deux corps momifiés reposaient depuis des siècles dans le sable aride du nord du Chili. Pendant plus de trente ans, la science pensait avoir tout compris de leur histoire. Découvertes en 1990 sur le site archéologique de Camarones, ces deux dépouilles présentaient d’étranges lésions cutanées que les chercheurs attribuaient alors à une exposition à l’arsenic. Une hypothèse solide, cohérente, admise sans grande discussion. Sauf qu’une analyse ADN publiée dans la revue Science en 2026 vient de tout bouleverser. Loin de l’intoxication au métal, ces individus incas portaient en eux une souche disparue de la variole, apportée par les colons européens. Une découverte qui ne corrige pas seulement une erreur de diagnostic vieille de trois décennies : elle réécrit un pan entier de l’histoire médicale des Amériques.

Une erreur de diagnostic vieille de trente ans enfin corrigée

Quand on retrouve des restes humains marqués par d’étranges plaques et lésions sur la peau, l’interprétation dépend souvent du contexte. Dans le nord du Chili, il paraissait logique d’attribuer ces marques à une intoxication à l’arsenic. C’est ce diagnostic qui a prévalu pendant plus de trente ans, sans que personne n’ait vraiment de raison d’en douter.

Puis l’ADN a parlé. Une équipe menée par le Trinity College Dublin, en Irlande, et l’Université du Chili s’est penchée sur ces deux momies. Fait cocasse : les chercheurs ne cherchaient absolument pas la variole. Ils testaient en réalité un logiciel d’analyse ADN destiné à étudier l’histoire des populations locales. C’est presque par accident, en fouillant le matériel génétique de ces corps, qu’ils sont tombés sur la signature moléculaire d’un virus. Les fameuses lésions attribuées à l’arsenic étaient en réalité les stigmates d’une infection par la variole.

Ce que l’ADN a révélé : une souche fantôme entre Moyen Âge et modernité

Les deux individus, un homme et une femme âgés de 18 à 35 ans, probablement d’origine inca, sont morts entre 1492 et 1631. Le virus qu’ils portaient constitue aujourd’hui le plus ancien génome de variole jamais retrouvé dans les Amériques, vieux de 500 à 600 ans. Un trésor scientifique caché dans des tissus desséchés par le désert.

Mais la véritable surprise se niche dans l’arbre généalogique du virus. La souche identifiée appartient à une lignée aujourd’hui éteinte, une sorte de branche fantôme qui n’existe plus nulle part. Génétiquement, elle se situe à mi-chemin entre les souches européennes du Moyen Âge et les variants plus tardifs de la maladie. En clair, ce virus comble un chaînon manquant dans l’histoire évolutive de la variole, ajoutant une branche inconnue à un arbre que l’on croyait mieux connaître. Autre indice précieux : les deux génomes viraux sont presque identiques, ce qui suggère fortement que ces deux personnes ont été emportées lors de la même épidémie.

Les colons, la variole et l’effondrement d’un continent

Cette découverte apporte la première confirmation moléculaire d’un scénario longtemps supposé mais jamais prouvé aussi directement : ce sont bien les Européens qui ont introduit la variole dans les Amériques pendant la période coloniale. Jusqu’ici, on s’appuyait surtout sur des récits historiques. Désormais, l’ADN vient sceller la démonstration.

Or, l’impact fut d’une brutalité effroyable. Face à ce virus venu d’ailleurs, les populations autochtones étaient totalement dépourvues d’immunité. Le résultat fut une hécatombe : on estime que la maladie a causé environ 4 millions de morts dans les communautés indigènes des Amériques. La première épidémie historiquement documentée remonte à 1518, lors de la conquête espagnole des Caraïbes, avant que le fléau ne se propage à travers le continent.

Ce que cette découverte moléculaire change pour l’histoire des Amériques

L’un des aspects les plus fascinants de cette étude, c’est qu’elle comble une lacune que les archives écrites laissaient béante. À cet endroit précis du Chili, aucun document historique n’attestait de la présence de la variole, les récits locaux commençant bien plus tard. Sans l’analyse génétique, ce foyer serait resté totalement invisible pour les historiens.

C’est tout l’intérêt de la paléogénomique : elle permet de faire parler ceux que le silence des archives avait condamnés à l’oubli. Ces deux momies chiliennes rappellent que le passé n’est jamais totalement figé, et qu’un simple logiciel d’analyse peut, presque par hasard, ressusciter une épidémie oubliée. Combien d’autres pans invisibles de notre histoire attendent encore, tapis dans l’ADN de restes que l’on croyait avoir déjà compris ?

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