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Des archéologues fouillaient une basilique engloutie en Turquie : ils sont tombés sur une église encore plus ancienne, et son histoire est immense

Il y a des découvertes archéologiques qui viennent bousculer des siècles de suppositions. Pendant près de 1 700 ans, personne ne savait avec certitude où s’était réellement tenu l’un des événements les plus fondateurs de l’histoire du christianisme : le premier concile de Nicée. Les textes anciens en parlaient, les historiens en débattaient, mais le lieu exact restait insaisissable. Et si la réponse avait finalement reposé, silencieuse, sous plusieurs mètres d’eau, au fond d’un lac turc ? C’est précisément la piste que suivent aujourd’hui les archéologues d’İznik, l’ancienne Nicée, après une découverte qui pourrait bien réécrire ce que l’on croyait savoir.

Une ombre sous l’eau qui a tout déclenché

Tout commence en 2014, avec une image qui aurait pu passer inaperçue. Une simple photographie aérienne d’un lac situé près d’İznik révèle une forme intrigante sous la surface : la silhouette d’une structure évoquant clairement une église. Ce contour immergé, dessiné par les vestiges enfouis, va lancer l’une des explorations archéologiques les plus fascinantes de Turquie.

L’histoire de ce site est déjà, en soi, spectaculaire. L’église est restée engloutie pendant plus de 700 ans, dissimulée par les eaux du lac. Aujourd’hui, à la faveur du retrait des eaux lié au changement climatique, ses ruines se dressent de nouveau sur la terre ferme, offrant aux chercheurs un accès direct à ce qui fut longtemps hors de portée. Les six premières années de fouilles se sont d’ailleurs déroulées entièrement sous l’eau, une prouesse technique où chaque relevé, chaque prélèvement, demandait une patience infinie.

Sous la basilique, une église bien plus vieille attendait

C’est ici que l’affaire prend une tournure inattendue. Sur ce site, une grande basilique était déjà visible et connue. Mais en creusant plus profondément, l’équipe de fouilles a mis au jour les vestiges d’une structure encore plus ancienne, dissimulée sous cette basilique. Sections de mur, dallage, base de colonne : autant d’éléments qui racontent une phase antérieure, plus discrète, presque effacée par le temps.

Le directeur des fouilles, le professeur Mustafa Şahin, a identifié ces restes comme appartenant à l’église de Saint Néophyte. Le scénario reconstitué est saisissant : cette église primitive aurait été détruite lors d’un séisme en 368. Par-dessus ses ruines, une autre église, dite des Saints Pères, aurait ensuite été bâtie après 380, précisément en mémoire du clergé qui avait participé au premier concile. Autrement dit, sous la structure visible se cacherait le lieu véritablement originel, celui que l’on cherchait depuis des siècles.

Nicée 325 : le concile qui a redéfini le christianisme

Pour comprendre l’importance de cette découverte, il faut remonter en 325. Cette année-là, l’empereur Constantin le Grand convoque le premier concile de Nicée, la toute première grande réunion de l’Église chrétienne primitive cherchant à établir un consensus doctrinal. Environ 318 évêques s’y retrouvent, l’empereur prenant même en charge leurs frais de voyage, signe de l’enjeu colossal de la rencontre.

Au cœur des débats : la question de savoir si le Christ était un être créé, une controverse connue sous le nom d’hérésie arienne. Après deux mois de discussions intenses, les participants rédigent le fameux Credo de Nicée, une profession de foi qui demeure aujourd’hui encore centrale dans le christianisme. Un détail rapporté par un témoin de l’époque, Eusèbe de Césarée, donne toute sa saveur à la découverte actuelle : l’église était si petite qu’il jugeait presque miraculeux que tant d’ecclésiastiques aient pu y tenir. Une petite église… exactement le type de structure modeste que les archéologues viennent de dégager.

Un anneau d’or, des tombes et une énigme enfin résolue

Les fouilles, désormais dans leur onzième campagne, ne se contentent pas de murs et de dallages. Elles ont livré des tombes qui ont grandement aidé à affiner la datation du site, ainsi que des objets d’une belle valeur symbolique : une bague en or ornée de motifs de palmier et d’épée, et un dé à coudre en métal. Autant de fragments de vie qui rapprochent soudain ce lieu lointain de la réalité concrète de celles et ceux qui l’ont fréquenté.

Menées depuis 2015 par l’université Bursa Uludağ, sous l’égide du ministère turc de la Culture et du Tourisme et de la municipalité métropolitaine de Bursa, ces investigations réunissent aujourd’hui des chercheurs de plusieurs horizons, avec la participation d’universités italiennes. Selon le professeur Şahin, les dernières découvertes confirment l’emplacement de l’église des Saints Pères et renforcent l’hypothèse que les restes de l’église de Saint Néophyte se trouvent juste en dessous. La pièce manquante d’un puzzle vieux de dix-sept siècles semble enfin trouver sa place.

D’une simple ombre repérée sur une photographie aérienne à l’identification possible du lieu de naissance du Credo de Nicée, cette aventure archéologique rappelle à quel point le passé peut se cacher sous nos pieds, ou sous les eaux. Reste une question fascinante : combien d’autres moments fondateurs de notre histoire attendent encore, silencieux, qu’un regard attentif les tire enfin de l’oubli ? Si vous aimez explorer des sujets d’actualité concrets, découvrez aussi un test de courses notées au Nutri-Score.

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