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Fini le mythe du traité final : la guerre de Cent Ans s’est éteinte d’une façon que personne n’apprend à l’école

Précision importante avant de commencer : contrairement à ce que l’on croit souvent, la guerre de Cent Ans ne s’est jamais achevée par une signature officielle entre la France et l’Angleterre. Aucun traité de paix, aucune poignée de main solennelle, aucun parchemin scellé n’est venu clore ce conflit qui a façonné l’identité des deux nations. C’est une idée qui a de quoi surprendre, tant l’école nous a habitués à des dates nettes, des batailles décisives suivies d’accords tout aussi décisifs. Pourtant, en creusant un peu, on découvre une réalité bien plus nuancée et fascinante, où les combats se sont simplement essoufflés, où les armées se sont retirées sans jamais coucher leur réconciliation sur papier. Un pan méconnu de l’histoire qui mérite qu’on s’y attarde, en cet été où l’on aime redécouvrir les grands récits nationaux sous un jour nouveau.

La légende du traité qui n’a jamais existé

Dans l’imaginaire collectif, chaque grand conflit historique se termine par un document officiel. On pense à Versailles pour la Première Guerre mondiale, ou à des armistices signés en grande pompe. La guerre de Cent Ans, elle, échappe complètement à cette logique. Ce nom lui-même est trompeur : le conflit a duré cent seize années, de 1337 à 1453, et non pas cent comme on pourrait le croire. Ce sont d’ailleurs les historiens du XIXe siècle qui ont forgé cette appellation, bien après les faits, pour donner une cohérence narrative à une succession chaotique de guerres, de trêves et de reprises des hostilités.

À l’origine de ce long affrontement se trouve une querelle de succession : lorsque la lignée directe des Capétiens s’éteint en 1328, la couronne de France échoit à Philippe VI de Valois, au détriment des prétentions d’Édouard III d’Angleterre. Ce désaccord dynastique va nourrir plus d’un siècle de tensions, entrecoupées de rebondissements spectaculaires, dont le traité de Troyes en 1420, qui fait d’Henri V d’Angleterre l’héritier légitime du trône de France, déshéritant purement et simplement le dauphin, futur Charles VII. On aurait pu croire que ce texte scellerait le destin du royaume. Il n’en fut rien.

1453, une date qui ne marque rien officiellement

Si l’on devait retenir une seule date pour la fin de la guerre de Cent Ans, ce serait 1453. Mais attention : cette année-là ne correspond à aucune signature, à aucun accord bilatéral. Elle marque simplement la fin des combats d’envergure, notamment avec la bataille de Castillon, en Guyenne, le 17 juillet. Les troupes françaises, commandées par Jean Bureau, y écrasent l’armée anglaise dirigée par John Talbot, qui perd la vie sur le champ de bataille. Cette victoire scelle la reconquête du sud-ouest de la France et constitue, dans les faits, le dernier grand affrontement du conflit.

Pourtant, aucun traité de paix ne suit cette bataille. Les Anglais se retirent, épuisés et privés de ressources, mais aucune négociation officielle ne vient entériner leur défaite. C’est là toute la particularité de cette guerre : elle s’éteint d’elle-même, sans qu’un texte diplomatique ne vienne y mettre un point final. Il faudra attendre 1475 pour voir la paix de Picquigny, un accord ponctuel bien loin d’un traité définitif, et 1558 pour que Calais, dernier bastion anglais sur le sol français, soit enfin restituée à la couronne de France.

Quand les armes remplacent les signatures diplomatiques

Pour comprendre pourquoi la guerre s’est terminée sans traité, il faut revenir sur l’un des tournants les plus décisifs du conflit : l’intervention de Jeanne d’Arc. Cette jeune paysanne lorraine parvient, en 1429, à faire sacrer Charles VII à Reims, redonnant ainsi une légitimité et un souffle nouveau à la cause française. Ce moment charnière relance véritablement la reconquête et inverse durablement le rapport de force militaire, jusque-là largement favorable aux Anglais.

Six ans plus tard, en 1435, le traité d’Arras vient porter le coup de grâce à l’effort de guerre anglais en mettant fin à l’alliance anglo-bourguignonne. Privés de ce soutien stratégique essentiel, les Anglais s’effondrent territoire par territoire : Paris tombe en 1436, la Normandie est reprise en 1449, puis la Guyenne en 1453. Ce n’est donc pas une négociation qui met fin à la guerre, mais bien une lente asphyxie militaire. Les Anglais n’ont progressivement plus les moyens de tenir leurs positions, et la diplomatie, dans ce contexte, devient presque superflue : à quoi bon signer un traité quand le terrain a déjà tranché ?

Les répercussions insoupçonnées d’une paix jamais signée

L’absence de traité officiel a eu des conséquences qui ont traversé les siècles, bien après la fin des combats. Le fait le plus étonnant reste sans doute celui-ci : les rois d’Angleterre ont continué à porter le titre de roi de France dans leur titulature royale pendant encore 360 ans. Il faudra attendre 1801, avec la création du Royaume-Uni sous George III, pour que ce titre soit officiellement abandonné. Autrement dit, techniquement, la France et l’Angleterre n’ont jamais formellement fait la paix, et cette revendication symbolique a perduré bien après que les enjeux territoriaux eurent disparu.

Au-delà de cette curiosité diplomatique, le conflit a laissé des cicatrices profondes sur le royaume de France. La population, ravagée par les combats, les famines et les épidémies qui accompagnent presque systématiquement les guerres de cette ampleur, chute de 17 millions à 10 millions d’habitants. Une catastrophe démographique dont l’ampleur est parfois comparée à celle de la Seconde Guerre mondiale. Cette guerre sans fin officielle a donc, paradoxalement, façonné bien plus durablement les deux nations que n’importe quel traité n’aurait pu le faire, en installant une méfiance et une rivalité qui allaient perdurer pendant des siècles.

Ce que l’histoire de la guerre de Cent Ans nous enseigne finalement, c’est que les grands conflits ne s’achèvent pas toujours par des gestes symboliques et solennels. Parfois, ils s’éteignent simplement dans l’épuisement des armées, l’effondrement des alliances et le poids inexorable des rapports de force. Une leçon d’histoire qui invite à reconsidérer bien d’autres récits que l’on croyait connaître par cœur. Et si d’autres mythes historiques attendaient, eux aussi, d’être ainsi dépoussiérés ?

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