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J’ai voulu savoir qui peignait les slogans électoraux de Pompéi : la réponse tient dans le choix des rues

Imaginez que vous remontiez la Via dell’Abbondanza, l’une des grandes artères de Pompéi. Sous le soleil de la baie de Naples, les murs qui vous entourent ne sont pas muets : ils crient encore, deux mille ans plus tard, le nom de candidats disparus. Des lettres rouges et noires, tracées au pinceau avec application, vantent les mérites de tel homme digne de la fonction. En tant que passionné des vestiges que le temps nous restitue, j’ai voulu comprendre qui se cachait derrière ces messages. Qui prenait le pinceau ? Et surtout, pourquoi ces slogans se trouvaient-ils précisément là, et pas ailleurs ? La réponse, fascinante, tient dans un détail que l’on néglige souvent : le choix des rues.

Ces murs qui parlent encore deux mille ans après l’éruption

Lorsque le Vésuve a enseveli Pompéi sous ses cendres, il a paradoxalement figé une gigantesque campagne électorale en cours. Les murs de la cité ont livré plus de 2 600 inscriptions peintes à visée politique, un véritable trésor pour qui veut comprendre la vie démocratique locale. Sur ce total, environ 1 500 avis ont pu être localisés avec précision, permettant de dresser une cartographie étonnamment détaillée de la propagande d’alors.

Ces textes promouvaient surtout des candidats à deux fonctions clés : l’édile, magistrat chargé des jeux, des marchés et de l’entretien des bâtiments, et le duumvir, la plus haute charge de la cité. On dénombre à lui seul environ 870 avis pour les postes d’édile et 324 pour ceux de duumvir. Détail savoureux : la plupart de ces inscriptions datent de la toute dernière année d’existence de la ville. Car il était d’usage d’effacer les anciens slogans pour laisser place aux nouveaux, comme on recouvre aujourd’hui une affiche par une autre.

Les scriptores, ces peintres de l’ombre qui faisaient et défaisaient les campagnes

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces slogans n’étaient pas gribouillés à la hâte par des militants enthousiastes. Les candidats, ou leurs partisans, engageaient de véritables professionnels pour couvrir les murs de leurs messages. On connaît même le nom de certains d’entre eux, comme Aemilius Celer, peintre d’enseignes de métier. Ces artisans, appelés scriptores, maîtrisaient l’art de la lettre soignée, du rouge éclatant et du noir profond qui accrochaient le regard des passants.

Leur travail relevait d’un véritable métier de communication. Choisir l’emplacement, doser la taille des caractères, formuler une phrase percutante : tout comptait. Un exemple traduit du latin donne le ton : « Je vous exhorte sincèrement à voter pour Aulus Rustius Verus, candidat édile, homme digne de la fonction ». On y reconnaît déjà la grammaire de la politique moderne, avec sa promesse de vertu et son appel direct à l’électeur.

Chaque rue son message : la géographie secrète du vote pompéien

C’est ici que réside la découverte la plus troublante. Ces inscriptions n’étaient pas dispersées au hasard : chaque quartier, chaque rue était ciblé avec une précision remarquable. La localisation d’un slogan disait autant que son contenu. Un message placé devant une boutique, un carrefour animé ou une habitation influente n’avait pas la même portée.

La preuve la plus éclatante a été mise au jour dans la Maison X du quartier Regio IX. Des inscriptions y ont été retrouvées non pas sur la façade visible des passants, mais à l’intérieur même de la maison, dans la pièce abritant le lararium, l’autel domestique. On y célébrait la campagne d’Aulus Rustius Verus, candidat édile. Ses initiales, ARV, apparaissaient jusque sur une meule de pierre volcanique placée à l’entrée. La promotion politique ne s’arrêtait donc pas au seuil de la rue : elle pénétrait dans la sphère privée.

Ce que les slogans nous révèlent sur le pouvoir et ses réseaux

Derrière ces murs peints se dessine une machine électorale d’une modernité troublante. Le type de graffiti le plus répandu exprimait le soutien de groupes d’intérêt : les vendeurs de volailles, les muletiers, les pêcheurs, les orfèvres, les boulangers ou encore les barbiers affichaient collectivement leur candidat. On imagine sans peine la force d’un tel appui corporatiste dans une cité où chacun connaissait son voisin.

Dans le cas de la Maison X, la présence d’une boulangerie évoque une pratique bien peu vertueuse : le « pain contre votes », où conseillers et boulangers collaboraient parfois en repoussant les limites de la légalité. La stratégie a visiblement payé pour Verus : propriétaire d’une grande villa sur la Via dell’Abbondanza, il atteignit six ans avant la destruction de la ville la fonction suprême de duumvir, aux côtés de Gaius Julius Polybius.

Ainsi, ce que j’ai découvert dépasse la simple curiosité archéologique. Ces slogans peints documentent les candidats, leurs soutiens et les quartiers ciblés, formant une carte vivante du pouvoir à Pompéi. À travers ces lettres rouges et noires, c’est toute une société qui se raconte, avec ses alliances, ses métiers et ses arrangements. Et si nos affiches modernes, un jour recouvertes par d’autres, racontaient elles aussi aux archéologues du futur bien plus que nous ne l’imaginons ?

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