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La torture est-elle vraiment efficace pour obtenir des aveux ?

Crédits : U.S. Air Force photo / Sgt. Michael R. Holzworth

Des cachots du Moyen-Âge aux cellules de Guantánamo, la torture a toujours été utilisée par beaucoup de pays. Pour obtenir des aveux, des noms de complices ou encore des informations militaires, nombreux sont les motifs qui ont été invoqués pour justifier cette pratique. Mais depuis quelques années, les études psychologiques et scientifiques sur le sujet ont fortement remis en cause l’efficacité de telles méthodes.

À l’évocation de ce mot, nous avons quasiment tous en tête les images de quelques instruments de torture conservés dans les sous-sols de certains châteaux du Moyen-Âge, ou encore des scènes de films et de séries d’espionnage. Mais dans la réalité, qu’est-ce que la torture ? Entrée en vigueur en 1987, la Convention contre la torture adoptée par les Nations Unies stipule entre autres que ce terme « désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux ». Cela s’applique aussi à des actes d’intimidation et de punition, qui sont susceptibles d’être commis par des dépositaires de l’autorité, comme les agents de la fonction publique.

Utiliseriez-vous la torture si vous saviez que vous pouviez sauver une voire des milliers de personnes, juste en obtenant des informations d’un seul individu ? Ce dilemme moral est un des principaux arguments utilisés pour défendre cette méthode d’interrogation. S’il est très facile d’en justifier l’usage, il reste toutefois beaucoup plus compliqué d’expliquer les moyens parfois barbares mis en place pour obtenir des aveux. En ce sens, la communauté scientifique a depuis longtemps tenté d’alerter sur l’inutilité de certains protocoles d’interrogation.

Si l’on parle par euphémisme, il existe de nombreuses “techniques d’interrogatoire renforcées” officielles qui permettent de faire pression de manière physique et psychologique sur les prisonniers. En effet, la nudité forcée, la simulation de noyade, les températures extrêmes ou encore la privation de sommeil ou de nourriture sont autant de situations extrêmes qui ont pu être observées. Ces dernières mettent le cerveau en état de stress intense. Par conséquent, la désorientation, la fatigue et la douleur ressenties annihilent considérablement la capacité à penser clairement. Prêts à tout pour que leurs souffrances prennent fin, les détenus disent et avouent tout ce que leurs interlocuteurs veulent entendre, sans pour autant que les informations soient vraies !

Les scientifiques précisent aussi que de manière générale, la mémoire se trouve altérée par un état d’anxiété ou encore un manque de sommeil – des techniques justement utilisées lors d’interrogatoires, notamment par la CIA. Et encore, de l’aveu même de certains agents, les informations soutirées dans ces conditions se sont bien souvent révélées être invérifiables, quand elles n’étaient pas fausses. En revanche, les recherches ont conclu que dialoguer avec le détenu permettait d’obtenir beaucoup plus d’indices, et ce de manière plus subtile. Le fait d’utiliser un ton amical avec un suspect permet d’activer le système de récompense du cerveau, et pousse le sujet à se sentir écouté et en confiance. Il parle ainsi plus facilement, même si les renseignements récoltés ne sont pas tous vrais.

Ainsi, contrairement à ce que nombre de personnes peuvent penser, la torture se montre complètement inefficace à récolter de vraies informations. En revanche il s’agit d’un excellent moyen de faire dire ce que vous voulez à n’importe qui, avec des méthodes douteuses et violentes. Pour reprendre les spécialistes de la question : « La torture, c’est pour les amateurs. L’interrogatoire, c’est pour les professionnels. » Le dialogue reste donc une technique qui demande sûrement plus de temps et de réflexion, mais qui à terme reste plus efficace.

Sources : Le TempsNewsweek – The Guardian

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