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Ma mère a tenu sa canne du même côté pendant huit ans : le jour où le kiné lui a pris des mains, elle a compris pourquoi elle penchait

Une canne mal utilisée peut, avec le temps, accentuer les déséquilibres qu’elle est censée corriger. C’est ce qu’a découvert une lectrice en observant sa mère pendant huit longues années : un geste répété machinalement, jour après jour, sans que personne ne pense à le remettre en question. Il aura fallu l’œil exercé d’un kinésithérapeute pour révéler l’erreur et en comprendre les conséquences sur la posture et la démarche. Une histoire banale en apparence, mais qui interroge sur la façon dont beaucoup de personnes âgées utilisent leur aide à la marche au quotidien, souvent sans accompagnement ni vérification.

Le jour où tout a basculé : une main posée, une vérité révélée

Cela faisait huit ans que la canne accompagnait chaque pas, chaque sortie, chaque trajet jusqu’à la boulangerie. Huit ans que la main droite se refermait sur la poignée, toujours du même côté, sans que personne ne s’en étonne. Ce jour-là, en séance de rééducation, le kinésithérapeute a observé la démarche quelques instants, puis s’est approché. Doucement, il a pris les mains de sa patiente pour repositionner l’appui de l’autre côté du corps. Le changement a été immédiat : une sensation de déséquilibre, presque d’étrangeté, comme si des années d’habitude s’effondraient en quelques secondes. C’est à ce moment précis que la vérité est apparue : la canne n’avait jamais été tenue du bon côté.

Ce moment de bascule, aussi simple soit-il, a mis en lumière une réalité troublante. Pendant huit années, chaque pas avait renforcé une mauvaise posture, sans douleur immédiate ni signal d’alarme évident. C’est souvent ainsi que les compensations physiques s’installent : en silence, progressivement, presque invisiblement, jusqu’à ce qu’un regard extérieur vienne enfin nommer le problème.

Pourquoi ce geste “logique” est en réalité une erreur biomécanique

Intuitivement, beaucoup de personnes pensent qu’il faut tenir la canne du même côté que la jambe fragile ou douloureuse, comme pour la “soutenir” directement. C’est une logique naturelle, presque instinctive, mais elle est biomécaniquement erronée. En réalité, la canne doit se tenir du côté opposé à la jambe douloureuse, afin de reporter l’appui sur le membre sain pendant que la jambe fragile avance. Ce principe, bien connu des professionnels de la rééducation, repose sur la façon dont le corps répartit son poids et absorbe les chocs à chaque pas.

Lorsque la canne est tenue du mauvais côté, elle n’assure plus son rôle de relais d’appui. Le corps compense alors en modifiant subtilement sa posture : le tronc s’incline légèrement, les hanches se désalignent, et à long terme, cette adaptation peut favoriser des douleurs au dos, aux épaules ou aux genoux. C’est précisément ce qui explique pourquoi certaines personnes développent, au fil des années, une inclinaison persistante du buste, sans jamais faire le lien avec leur aide à la marche. L’erreur, souvent commise dès les premiers jours d’utilisation de la canne, peut ainsi s’installer durablement, faute d’un contrôle ou d’un ajustement par un professionnel de santé.

Du bon côté : comment repositionner sa canne pour soulager vraiment la marche

Corriger cette erreur ne demande pourtant qu’un geste simple, à condition de le comprendre et de l’appliquer correctement. La règle à retenir est claire : la canne se tient toujours du côté opposé à la douleur ou à la faiblesse. Ainsi, si la jambe droite est fragile, la canne doit être tenue dans la main gauche, et inversement. Ce positionnement permet de créer un véritable triangle d’appui entre la canne et les deux jambes, répartissant mieux le poids du corps et réduisant la pression sur l’articulation fragilisée.

Au-delà du positionnement, la hauteur de la canne joue également un rôle essentiel. Une canne trop haute ou trop basse oblige à modifier sa posture naturelle, ce qui peut, là encore, générer des tensions inutiles. En règle générale, la poignée doit arriver à la hauteur du poignet lorsque le bras est détendu le long du corps. Un simple contrôle chez un kinésithérapeute permet de vérifier ces deux points essentiels : le côté d’utilisation et la hauteur de la canne. Ce rendez-vous, souvent perçu comme une formalité, peut pourtant transformer durablement la qualité de la marche et prévenir bien des douleurs à venir.

Ce que révèle cette histoire, c’est à quel point un geste répété sans questionnement peut, avec le temps, aggraver silencieusement une fragilité physique. Un simple ajustement, guidé par un professionnel, suffit parfois à transformer la marche et à soulager des années de compensation invisible. Alors, la prochaine fois que vous croiserez quelqu’un s’appuyant sur une canne, ou que vous en utiliserez une vous-même, n’hésitez pas à vérifier ce détail, et à demander conseil à un kinésithérapeute pour vous assurer que l’appui se fait vraiment du bon côté.

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