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Qui était vraiment Raspoutine ?

Crédits : Wikimédia Commons

Les mystères qui entourent cet homme sont aussi impénétrables que sa personnalité. Tantôt débauché, tantôt manipulateur et la plupart du temps vu comme un charlatan et un gourou, son image est peu reluisante… Les qualificatifs ne manquent pas, mais cet homme a parfois su faire preuve d’une grande lucidité sur son époque – pour le meilleur comme pour le pire. D’ailleurs, comment un paysan en est-il arrivé à avoir une telle influence sur la famille impériale ? 

L’ascension sociale d’un personnage singulier

Grigori Efimovitch Novykh naît vraisemblablement en janvier 1869 (les dates diffèrent selon les sources) en Sibérie. Quoi qu’il en soit, son surnom de Raspoutine – qui signifie dépravé – lui collera très bien à la peau. Ce paysan illettré se tourne assez tôt vers la religion et montre un certain attrait pour les expériences mystiques. Mais contrairement à ce qui est communément admis, Raspoutine n’était pas vraiment un moine aux yeux des institutions religieuses – il s’en donnait seulement l’apparence.

À environ vingt ans, il se marie et a même des enfants. Mais bientôt, il abandonne sa famille pour s’adonner à la religion et entreprend un long voyage en direction du mont Athos (Grèce). C’est au fil de ses voyages que se tisse sa réputation d’homme spirituel et de guérisseur. Il peut même prédire l’avenir. Ses pérégrinations l’amènent à Saint-Pétersbourg en 1903, où ses activités occultes et son regard perçant finissent de consolider sa réputation et son succès. C’est en 1905 qu’il rencontre la famille impériale.

Auprès de la famille impériale

Trois ans après sa première rencontre avec les Romanov, il parvient à calmer les crises d’hémophilie du jeune tsarévitch Alexis. Certains historiens mettent en avant ses dons d’hypnose. D’autres pensent qu’il avait compris que l’aspirine qu’on administrait au garçon ne faisait qu’empirer les hémorragies en raison de son pouvoir anticoagulant. Toujours est-il qu’il bénéficie très vite de la confiance aveugle de la tsarine Alexandra, qui le considère comme un véritable “envoyé de Dieu”. En parallèle, celui à qui l’on a attribué ce titre si honorifique est bien loin de correspondre à cette image.

Il mène une vie totalement dissolue faite d’orgies et de fêtes, usant de son aura d’homme mystique pour s’attirer les faveurs de ces dames. Et si l’on en croit les sources, il y en a eu beaucoup. La famille impériale choisit de fermer les yeux sur les agissements peu orthodoxes de son conseiller. Dès lors, les soupçons de manipulation fusent de la part des ministres, de la presse et de la population. Ceux-ci voient d’un mauvais œil cette proximité, qui ternit durablement l’image du tsar et de sa famille, souvent dépeints comme les marionnettes de Raspoutine au début des années 1910.

famille impériale russe tsar
La famille impériale russe en 1913. De gauche à droite : (assis) la grande-duchesse Marie, la tsarine Alexandra Fedorovna, le tsarévitch Alexis, le tsar Nicolas II, la grande-duchesse Anastasia, (debout) les grandes-duchesses Tatiana et Olga. Crédits : Wikimédia Commons/ Boasson and Eggler St. Petersburg Nevsky 24.

Dans les faits, l’étendue de son pouvoir politique lui permet de nommer des ministres. Il a aussi un droit de regard sur les actions militaires. Mais il ne cherche pas à remplacer le tsar. Par ailleurs, ses prophéties se réalisent souvent. La postérité lui attribue par exemple ces paroles, adressées à la tsarine :

«Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon corps n’aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils vous serez massacrés ainsi que toute la famille. Après, le déluge terrible passera sur la Russie.»

Quand on connaît la fin tragique des derniers représentants des Romanov et la crise politique qui s’ensuit dans le pays, on ne peut que noter la clairvoyance du personnage sur le contexte historique dans lequel il évolue. Après quelques années, et de plus en plus discrédité – il survit à plusieurs tentatives d’assassinat – la fin est effectivement proche pour Raspoutine.

Le mystère autour de sa mort

Jusque dans les circonstances de sa mort, la part de réalité en dispute encore au mysticisme. Une conspiration est mise en place. Des membres de la famille impériale et un député veulent en finir avec le prédicateur. Ils invitent ce dernier à les rejoindre à l’occasion d’une soirée chez l’un d’eux, le 29 décembre 1916. Les bouteilles de vin se suivent, mais  ne se ressemblent pas : l’une d’entre elles cache une forte dose de cyanure – poison puissant s’il en est. Le moine boit, mais ne montre aucun signe de faiblesse.

Qu’à cela ne tienne, ses meurtriers décident de passer à la méthode forte. Ils lui tirent dessus à trois reprises. Encore raté. En effet, les conjurés ont à peine le temps de se réjouir que déjà Raspoutine a atteint la sortie du bâtiment, exsangue. Dans un dernier élan, celui-ci se débat encore lorsque peu après, des hommes tentent de le jeter dans les eaux glacées de la Neva. Il finira par s’y noyer.

On découvrira son corps mutilé le lendemain matin. Les conditions dans lesquelles il est mort ne feront qu’ajouter à la légende d’un homme surnaturel et assureront sa postérité. Comme il avait pu le prédire, sa sépulture sera vandalisée à la veille de la révolution bolchevique. Le destin de Raspoutine est désormais irrémédiablement lié à la fin de l’empire des Romanov, et à l’histoire de la Russie.

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