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Witold Pilecki : le parcours improbable de ce déporté volontaire à Auschwitz

Crédits : Wikimedia Commons / Logaritmo

Des années 1930 à 1940, nombre de destins individuels se sont confrontés bien malgré eux à l’Histoire avec un grand H. Et celui du Polonais Witold Pilecki ne manque pas d’interpeller autant de de susciter le respect. À une époque où les camps de concentration et d’extermination étaient encore mal connus, il s’est en effet volontairement fait interner à Auschwitz. Pourquoi ? Et comment a-t-il pu en réchapper ?

La question des camps de concentration

Pour comprendre son histoire, il convient d’abord de dézoomer un peu. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne est envahie par l’Allemagne nazie et la Russie de Staline en septembre 1939. Au mois de mai de l’année qui suit ouvre le tristement célèbre camp d’Auschwitz, et les déportations commencent.

Entre-temps, Witold Pilecki n’a pas voulu se résoudre à capituler, et est entré dans la résistance polonaise. Les renseignements qui parviennent sur ce nouveau camp les interpelle vivement. Le meilleur moyen d’en savoir plus est de s’y infiltrer. C’est ainsi que Pilecki se fait volontairement arrêter lors d’une rafle le 19 septembre 1940 à Varsovie.

Le quotidien à Auschwitz

Sur place, les maltraitances qu’il y découvre dépassent son entendement. Les informations de l’époque lui indiquaient qu’il s’agissait d’un camp de travail pour des prisonniers polonais, mais la réalité est toute autre. À la base, il devait aussi y former un groupe de résistance pour – pourquoi pas – créer une rébellion dans le camp.

Il s’investit donc dans sa mission durant plusieurs mois : il organise un réseau de prisonniers au sein du camp (pas moins de 1000 personnes selon certaines sources). Au quotidien, ceux-ci volent de la nourriture et des médicaments pour les redistribuer, et trouvent des moyens de compliquer la vie des soldats SS qui gèrent le camp.

Witold Pilecki Auschwitz
Witold Pilecki. Crédits : Wikimedia Commons / nieznany

La découverte de l’horreur

L’organisation est telle que Witold Pilecki parvient à transmettre des messages à l’extérieur à ses collègues de la résistance. Ceux-ci parviennent jursqu’à Londres. Il y décrit les maltraitances, le typhus, les exécutions sommaires, les expériences médicales, l’épuisement et bien sûr le destin tragiques des victimes – majoritairement juives – tuées dans les chambres à gaz et brûlées dans les fours crématoires.

Avec les informations qu’il transmet, Witold Pilecki espère que de l’aide extérieure viendra aider les personnes prisonnières du camp. Mais aucune aide ne vient. Au début de l’année 1493, soit plus de 2 ans après être entré dans l’enfer du camp d’Auschwitz, il prend la décision de s’enfuir, peut-être pour planifier plus tard une offensive de l’extérieur.

L’évasion

Désigné pour aller travailler dans la boulangerie dans la nuit du 26 avril 1943, il profite d’un moment d’inattention des soldats SS pour s’enfuir avec deux autres prisonniers. La boulangerie étant située en dehors du camp, leur fuite est facilitée. On retrouve la trace de Pilecki le 25 août 1943, lorsqu’il retrouve ses collègues de la résistance polonaise à Varsovie.

Mais les choses ont changé. Le supérieur de Pilecki s’est fait arrêter 2 mois plus tôt, et l’homme qui le remplace n’adhère pas à l’idée de prendre le contrôle d’Auschwitz de l’intérieur. Fortement déçu, notre homme ne trouve que des portes closes, et présente des symptômes de choc post-traumatique.

Auschwitz vue aérienne
Vue aérienne du camp d’Auschwitz. Crédits : Wikimédia Commons / 60. Sqad. SAAF, Sortie No. 60/PR288

L’homme qui s’est porté volontaire pour aller à Auschwitz

Il participe néanmoins à la libération de Varsovie du joug nazi, et retournera à Auschwitz à la fin de la guerre. Et s’il a survécu à la vie dans ce camp tristement célèbre, il mourra dans des circonstances bien différentes. En mai 1947, il se fait arrêter par les communistes. Après un semblant de procès, il est finalement condamné à mort pour espionnage.

Il est exécuté le 22 mai 1948. Son héroïsme lors des années précédentes ne jouera même pas en sa faveur. Mais il restera à jamais l’homme qui est entré de son plein gré à Auschwitz, et qui a pu témoigner des horreurs qui s’y déroulaient avant qu’elles ne soient découvertes à la fin de la guerre.

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