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Que s’est-il passé la nuit de la Saint-Barthélémy ?

Le Massacre de la Saint-Barthélémy, tableau de François Dubois réalisé vers 1572-1584. Crédits : Wikimedia Commons / Musée cantonal des Beaux-Arts.

La nuit du 23 au 24 août 1572 figure parmi les plus sombres de l’histoire française. En effet, de nombreuses personnes furent massacrées en raison de leur appartenance religieuse. Mais ce qui est moins connu, c’est que les tueries ne se sont pas simplement limitées à cette nuit d’été. En effet, il ne faut pas oublier le fait qu’elles ont continué au-delà du jour de la Saint-Barthélémy. Mais comment un tel événement a-t-il pu être organisé ? Et quelles sont les circonstances qui ont amené à ce massacre ? 

Un contexte historique plus que jamais tendu

De 1562 à 1598, le royaume de France est empêtré dans les guerres de Religion entre catholiques et protestants qui ne trouvent pas de conclusion. Le roi Charles IX (catholique) est aiguillé par sa mère pour gérer le territoire. Celle-ci n’est autre que Catherine de Médicis. Au fil des conflits et réconciliations, certains protestants réussissent à se rapprocher du pouvoir pour faire entendre leur voix. C’est notamment le cas de l’amiral de Coligny, considéré comme le chef des huguenots, que Charles IX accepte dans sa cour et apprécie.

Afin d’entretenir ce climat encourageant malgré des antagonismes tenaces, la reine Catherine décide de resserrer ces liens timides par le biais d’une alliance. Sa fille Marguerite – future reine Margot – épouse donc le protestant Henri de Navarre le 18 août 1572.  Pour beaucoup, ces noces vermeilles sont de mauvaise augure. À cette occasion, les nobles catholiques et protestants de toute la France se sont donc réunis à la capitale. Mais l’on peut s’en douter, un mariage seul ne peut servir à apaiser durablement toutes ces rancunes.

« Tuez-les tous »

Il va suffire d’un événement pour mettre le feu aux poudres. Le 22 août, l’amiral de Coligny est victime d’un attentat, qui s’il ne le tue pas, le laisse blessé au bras. Les protestants sont furieux, de même que le roi dont il est proche. Mais l’intervention de Catherine de Médicis et de ses conseillers le pousse à prendre une décision radicale, sûrement par peur. En effet, avant d’attendre de possibles représailles des chefs protestants, il déclarerait alors :

« Tuez-les tous, pour qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher »

massacre saint barthélémy
De manière générale comme au sujet du massacre de la saint Barthélémy, Catherine de Médicis a longtemps été dépeinte comme une manipulatrice froide et sans scrupules. Mais il semblerait que pendant longtemps, les historiens aient exagéré le caractère de cette femme. Tableau : Un matin devant la porte du Louvre, peinture d’Édouard Debat-Ponsan, 1880. Crédits : Wikimedia commons / Mairie de Clermont-Ferrand

Le rôle de la mère du roi est souvent sujet à controverse. Tantôt elle est désignée comme étant le cerveau de cette opération, alors que de plus en plus d’historiens revoient la version des faits qui est présentée. Leur postulat est le suivant : comment aurait-elle pu ainsi saboter ses efforts pour réconcilier les deux camps, alors même qu’elle y a impliqué sa fille Marguerite ? Quoi qu’il en soit, la décision finale reste la même, et les chefs de file du catholicisme alors présents à Paris n’auront pas besoin de plus pour passer à l’action.

Une nuit de cauchemar

Les esprits déjà échauffés par la chaleur du mois d’août et ces jours de tension n’en réclament pas plus, sûrement au point de surinterpréter les paroles du roi. Ce sont dans un premier temps les chefs protestants qui sont pris pour cible de manière individuelle. Mais c’est bientôt tous les huguenots qui vont faire les frais de ce déchaînement de violence. Les portes de la ville sont d’abord fermées. Puis dans la nuit du 23 au 24 août, les cloches du Louvre résonnent pour donner le signal : les hostilités peuvent commencer. S’ensuivra un massacre tristement célèbre.

L’amiral de Coligny, qui se repose à son domicile, est achevé dans son lit à coups de poignard. Il est ensuite décapité, émasculé, jeté dans la Seine puis repêché. Son corps est ensuite amené par la foule à un gibet. Les principales têtes du mouvement protestant tombent, mais ils ne sont pas les seuls visés. Bientôt, ce sont tous les huguenots qui sont tués, sans distinction d’âge et de sexe, aussi bien dans les faubourgs qu’au Louvre. Bien souvent, les corps sont dénudés et jetés à la Seine. On dit d’ailleurs qu’elle resta rouge du sang des victimes durant plusieurs jours.

Pour cette nuit, on dénombre environ 4000 victimes, bien qu’il reste difficile d’obtenir des chiffres précis. Le lendemain, le roi prend conscience du désastre, et tente de stopper la folie meurtrière qui sévit dans les rues de Paris. Mais ses efforts sont vains. Les opérations se poursuivent durant 3 jours. Et au contraire, c’est tout le royaume qui devient rapidement le théâtre de tueries similaires, et ce jusqu’en octobre. À Meaux, Angers, Orléans, Bordeaux ou encore Toulouse – entre autres -, les mêmes scènes se répètent et font même plus de victimes que dans la capitale.

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